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Histoire (5): Les premiers traitements

Les premières thérapeutiques de la schizophrénie incluent naturellement la cure psychanalytique qui, rapidement, est utilisée avec plusieurs catégories de troubles mentaux. Au point de départ, c'est surtout avec les névroses que l'analyse est populaire mais le traitement analytique donne aussi des résultats avec les personnes atteintes de schizophrénie.

Malgré la poussée psychanalytique, l'hypothèse selon laquelle les causes de la démence précoce et de la schizophrénie sont d'origine organique amène une vague de traitements basés davantage sur des spéculations scientifiques douteuses et quelquefois superstitieuses. Les organicistes de l'époque, convaincus du bien fondé de leur doctrine, procèdent souvent par essais et erreurs et osent des techniques qui défient toutes les règles de l'éthique contemporaine.

C'est le suisse Gottlieb Burckhardt (1836 - 1907) , dont Bleuler a été l'interne en 1881, qui est considéré comme le fondateur de la psychochirurgie. Partant du principe que la vie psychique se compose d'éléments localisés dans le cerveau, il imagine de traiter certains aliénés considérés comme incurables par l'excision de zones plus ou moins étendues du cortex cérébral. Dès 1888, cet aliéniste sans formation chirurgicale particulière n'hésite pas à enlever une partie du lobe temporal droit chez une patiente délirante et hallucinée. Les améliorations cliniques ne sont pas spectaculaires, mais cinq autres patients vont subir des psychochirurgies. Les résultats ne deviennent pas plus probants: quatre améliorations, un suicide et un décès post-opératoire. Après la présentation de ses résultats au Congrès international , Burckhardt cesse d'effectuer des opérations au cerveau et abandonne cette voie. Son entreprise et ses techniques opératoires scandalisent la plupart des aliénistes qui protestent vivement contre l'usage de la chirurgie cérébrale.

A partir de 1903, certaines thérapeutiques de la schizophrénie impliquent l'absorption de substances chimiques. C'est le cas avec les thérapies par le sommeil que l'on provoque à l'aide de barbituriques. En 1921, Klaesi met au point une cure de la schizophrénie par le sommeil qu'il nomme narcothérapie. Puis , en 1933, c'est au tour de Manfred Sakel (1900 - 1957) de mettre au point une autre thérapeutique que l'on nomme de son propre nom, la cure de Sakel. Il s'agit essentiellement de chocs hypoglycémiques provoqués par une injection massive d'insuline. Cette thérapeutique qui entraîne un coma et des convulsions chez le patient porte par la suite le nom d'insulinothérapie.

En 1937, Laszlo Meduna (1896-1964) arrive à la conclusion qu'il y a antagonisme biologique entre l'épilepsie et la schizophrénie. Pour lui, c'est la convulsion qui est thérapeutique pour les schizophrènes et, à l'aide d'un autre substance chimique, il développe un traitement qui provoque des convulsions sans plonger le patient dans un coma profond. Puis en 1940, Hugo Cerletti (1877-1963) invente une technique pour provoquer des convulsions à partir d'électricité. Il s'agit de la naissance de la thérapie électroconvulsive mieux connue sous le nom d'électrochoc. Après des essais auprès d'un patient schizophrène qui connaît une rémission spectaculaire, Cerletti présente ses résultats devant l'Académie de médecine de Rome. Il pense que l'effet obtenu est causé par la réaction du cerveau aux convulsions et à la production d'une mystérieuse substance vitalisante, l'acroagonine. Par la suite, A.E. Bennet préconise une pratique des électrochocs sous curare qui supprime les convulsions et démontre que l'effet thérapeutique persiste en leur absence et que , par conséquent, Cerletti se trompait sur leur rôle.

A partir des travaux de Bennet, les électrochocs sont utilisés massivement pour le traitement de la schizophrénie dans plusieurs institutions psychiatriques tout au long des années cinquante et soixante. Aujourd'hui, l'usage de cette technique dans le traitement de la schizophrénie est réservé uniquement pour certains patients très désorganisés. Les cliniciens reconnaissent qu'elle peut soulager temporairement certains symptômes aigus mais qu'elle ne présente que peu d'intérêt thérapeutique à plus long terme. L'électrochoc trouve davantage son application dans les cas de dépression ou de troubles thymiques sévères.

En 1936, la neurochirurgie fait à nouveau surface comme un traitement de choix de la schizophrénie. C'est au chirurgien, Egas Moniz, que nous devons la mise au point d'une technique plus sophistiquée de lobotomie. Malgré toute la controverse entourant cette méthode et les nombreux problèmes d'éthique qu'elle soulève, la lobotomie se pratique jusqu'à tard dans les années soixante et son inventeur, Egas Moniz, obtient pour ses travaux le prix Nobel de médecine en 1949.

Nous n'irons pas plus loin dans la description des différentes techniques médicales pour tenter de guérir la schizophrénie. Une conception plus organique de cette maladie par opposition à toute l'effervescence autour du développement d'une explication psychologique s'installe dans le monde médical au début du siècle. A cette époque, les clans de l'organogenèse et de la psychogenèse se livrent une bataille plus féroce qu'aujourd'hui. Les chercheurs de l'époque croient pouvoir trouver une cause unique et un remède unique à la schizophrénie. Cette utopie, même si elle trotte encore dans l'esprit de quelques-uns, ne correspond plus à l'étiologie complexe du syndrome schizophrénique contemporain.

Terminons simplement cette section en désignant 1952 comme étant l'année durant laquelle les neuroleptiques font leur apparition dans la panoplie des traitements déjà disponibles pour soigner la schizophrénie. L'introduction des neuroleptiques a révolutionné complètement le traitement de la schizophrénie et a amené la première vague de désinstitutionnalisation dans les grands asiles pour aliénés vers la fin des années soixante. Ensuite nous assistons au développement des approches de socialisation, d'apprentissage des habilités sociales et à la création des concepts de normalisation, de réadaptation psychosociale et de réinsertion sociale qui entraînent la deuxième et la troisième vague de désinstitutionnalisation.

Pour en savoir plus sur la réadaptation des schizophrènes et la désinstitutionnalisation aller dans le dossier sur la Réadaptation psychosociale
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Tous droits réservés, Conception Alain Rioux, Psychologue, © Copyright 2008

PORTE 54 - Itinéraire d'une psychose (roman)