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(5) La décision.
Alain Rioux M.P. Psychologue (septembre 1992)
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L'individu qui arrive au moment de la décision accepte de prendre la responsabilité de ses choix et c'est pourquoi décider peut être quelquefois très douloureux.  Yalom (1980) nous renseigne sur quelques difficultés inhérentes au processus de décision.  D'abord, prendre une décision est inévitablement accompagnée d'une renonciation à d'autres possibilités.  Deuxièmement, une décision particulièrement irréversible peut devenir une situation limite, dans le même sens que la mort est une situation limite.  Plus la décision impliquera une rupture de tout lien avec le passé plus elle sera difficile à prendre.  Par exemple, il est plus facile pour une personne hospitalisée depuis longtemps de tenter une sortie en famille d'accueil si nous l'assurons qu'il s'agit d'un essai et qu'elle pourra revenir sur le même département si tout ne se déroule pas tel que prévu.  Il s'agit moins d'une situation limite.  Une fois à l'extérieur d'autres stratégies pourront l'aider à maintenir sa décision plutôt que de revenir au moindre découragement.
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La culpabilité peut elle aussi paralyser tout le processus de la volonté.  Prendre une décision peut nous faire regretter le temps perdu car on aurait pu prendre cette décision bien avant d'être à la limite.  

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omme il est souvent douloureux de prendre une décision, Yalom (1980) suggère, aussi, que plusieurs individus bâtissent des défenses ou élaborent des stratégies afin d'éviter d'avoir à décider.  Il définit quatre mécanismes qui servent à cette fin.  Le premier consiste à dévaluer l'alternative non choisie.  On évite de se confronter à la liberté en disant que l'on devait choisir cette possibilité presque obligatoirement.  Ce processus s'apparente à la dissonance cognitive.  Certains clients qui ont réintégré la communauté après une longue hospitalisation en viennent, par exemple, à dire qu'ils n'avaient pas le choix de sortir car c'était devenu invivable à l'intérieur.  Pourtant, nous savons tous que la qualité des soins et des services s'est améliorée au cours des dernières années et que l'hôpital est maintenant beaucoup plus respectueuse des besoins de ses résidents.
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Dans d'autres occasions lorsqu'un individu doit prendre la décision de laisser une situation pour une autre, il peut s'organiser pour ne pas abandonner complètement la première possibilité.  Par exemple, une personne peut quitter l'hôpital mais s'installer en chambre au coin de la rue.  Il viendra prendre ses repas et passer toute ses journées à l'intérieur du centre hospitalier.  Ceci ne constitue pas un modèle de réinsertion sociale et beaucoup de travail demeure.  Néanmoins, il ne faut pas négliger que l'individu s'est commis dans une action et qu'un changement s'est produit.

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Troisièmement, l'individu peut déléguer à quelqu'un et éviter de se sentir seul à assumer la responsabilité de sa vie.   C'est une alternative très fréquente dans les milieux psychiatriques et l'équipe ou le médecin décide souvent à la place de la personne qui est jugée inapte à assumer la responsabilité de sa vie.  L'hôpital psychiatrique qui est apparemment une institution sociale qui s'occupe du changement, entretient un paradoxe gênant en ayant d'une part des exigences d'obéissance et d'autre part une attente de spontanéité.  Comme nous jugeons souvent le patient incapable de prendre seul des décisions valables, nous devons les prendre pour lui et pour son bien.  S'il n'arrive pas à comprendre notre décision, cette incompréhension est une preuve supplémentaire de son incapacité.  Ainsi être sain d'esprit à l'hôpital c'est avoir une conduite qui satisfait à certaines normes bien définies; le patient doit obéir à ses normes spontanément et non parce qu'elles sont imposées ce qui constitue une situation extrêmement paradoxale (Watzlawick, Weakland et Fish, 1975).

En terme imagé, c'est un peu comme de demander à quelqu'un de se détendre sous la menace d'un revolver en lui répétant qu'il n'a qu'à se laisser aller et que tout ira bien.  S'il n'y arrive pas il justifie son incapacité à se détendre par lui-même et confirme que nous devons continuer à faire ce que nous faisons pour l'aider.
 
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La non-responsabilisation des personnes vivant en milieu psychiatrique n'a rien de confortable.  Elle forme des individus complètement aliénés qui perdent toute autodétermination et évite toute situation impliquant une prise de décision.

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Le processus de réadaptation psychosociale où l'on demande à la personne de décider pour elle-même doit renverser une attitude cognitive modelée par l'institution depuis des dizaines d'années.

Par exemple, pensons à une personne qui vit à l'hôpital depuis 25 ans.  Cette personne n'a jamais été consultée pour décider de l'unité où elle vivrait, du médecin qui la suivrait, de l'intervenant qui s'en occuperait, de la journée et de l'heure où elle se laverait, des traitements qu'elle recevrait, etc...  Aujourd'hui, qu'elle s'est habituée à ce que l'on décide tout pour elle, nous lui demandons de décider de son avenir en lui offrant un retour dans la communauté.  A mon avis il n'est pas étonnant qu'elle risque une rechute psychotique.  Nous pourrons décider ainsi qu'il est mieux pour elle qu'elle demeure à l'hôpital.  Dans d'autres cas, la personne cherche à savoir ce que nous souhaitons et ce que souhaite son médecin traitant.  Ainsi elle peut continuer d'être la bonne patiente que nous lui avons appris à être pendant tant d'années.  En fait pour cette dernière il importe peu de vivre à l'intérieur ou à l'extérieur, l'important c'est qu'elle puisse continuer à réaliser les désirs de son équipe et de son médecin.  Cette situation aussi peut paraître confortable mais la personne demeure encore une fois aliénée et non-responsable.  
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Quatrièmement et en dernier lieu, il arrive que la personne transfère sa décision sur un événement extérieur et évite la responsabilité.  Le respect de règle de vie stricte qu'il ne faut pas transgresser, la croyance en l'astrologie pour orienter les grandes décisions de notre vie ou la pensée magique que nous ne pouvons échapper au destin sont autant de rationalisation qui servent à ces fins.  

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Même si dans le processus de réadaptation nous parlons peu de l'importance de la décision de la personne, c'est tout de même elle qui met la mécanique en branle.  Aucun changement n'est possible sans l'effort et la décision déclenche l'effort.  Pour aider le client dans sa prise de décision, nous pouvons examiner avec lui toutes les alternatives possibles à la situation qu'il décrit.  L'intervenant peut supporter la décision d'un client en l'accompagnant dans l'alternative choisie mais il peut aussi recadrer la situation pour en amener une autre vision.

Le sens d'une décision est aussi à explorer.  Yalom (1980) mentionne qu'elle peut rejoindre certaines considérations importantes pour le client au delà de sa portée directe.  Il faut donc regarder la rentabilité d'une décision c'est-à-dire identifier les gains secondaires.  
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