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(4) Désir et volonté ?
Alain Rioux M.P. Psychologue (septembre 1992)
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Toujours dans l'optique de provoquer l'action et le changement chez notre client, il ne faut pas oublier que le désir est antérieur à la volonté.  La volonté est la puissance, l'énergie qui permet de se projeter dans le mouvement et le futur mais le désir est le début du processus.  Le désir est la pulsion, l'imagination et ce qui donne de la richesse à la volonté.  Une personne avec des désirs sans volonté sera immature, infantile, sans contrôle.  Elle aura un but mais aucun moyen de l'atteindre.  A l'inverse une personne avec de la volonté mais sans désir ressemblera à un robot, elle deviendra froide et contrôlée.  En fait, la volonté sans désir n'est pas viable, elle n'a aucun sens.  

Oeuvrer en milieu psychiatrique avec une clientèle qui n'a aucun désir est quelque chose d'extrêmement difficile et parfois frustrant.  Nous pouvons croire quelquefois que les personnes ayant vécu dans les hôpitaux pendant plusieurs années n'ont pas de volonté.  Peut-être est-ce parce qu'ils ont enlevé de leur esprit tous désirs autres que ceux que leur accorde l'institution.  Autrefois on a souvent répété à ces clients, qu'ils ne pourraient jamais vivre à l'extérieur, qu'ils ne pourraient jamais se marier et avoir des enfants, qu'ils ne pourraient jamais mener une vie normale et, ainsi, pour cesser de souffrir, ils ont cessé de désirer.  La logique est simple; "si je ne désire pas, je ne risque pas d'être vulnérable".  La personne se coupe lentement de son monde émotionnel et sombre dans l'apathie.  A mon avis, ce n'est pas sa volonté qui fait défaut et elle nous le démontre chaque jour en négociant fermement pour son budget, son tabac et en réclamant davantage de droits et libertés.  Malheureusement c'est dans l'opposition que se concrétise cette volonté acharnée.  
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En réadaptation psychosociale nous devons tenter de mettre cette volonté au service de la personne en lui rendant possible les désirs qu'elle a elle-même effacés de sa conscience.  C'est pourquoi il faut constamment poser les questions:  Que voulez-vous vraiment ?  Où aimeriez-vous vivre ?  Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?  Nous tentons de briser la barrière et de laisser passer les émotions et le désir.

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Exposer la personne à des activités, à des possibilités peut aussi permettre de reprendre contact avec des désirs enfouis au plus profond d'elle-même.  Plus les désirs sont importants mais semblent irréalisables pour nos clients et plus ils seront enfouis profondément et bloqués même du champ de la conscience.  Après 25 ans d'hospitalisation, c'est la personne qui conserve ses désirs qui souffrira le plus en sortant de la psychose, et c'est peut-être celle-là qui choisira d'y retourner en cessant délibérément sa médication.  Comme le dit Frankl (1984) la personne humaine demeure limitée et il ne fait pas de doute, dans mon esprit, que la personne aux prises avec la schizophrénie a davantage de limites.  Elle n'est pas libre par rapport à ses limites à caractère biologique ou héréditaire mais elle conserve la capacité et le droit de prendre position et d'agir face à ses limitations.  C'est là que nous devons l'accompagner en lui fournissant tout le support et les outils nécessaires.  C'est là que la personne conserve toute sa liberté d'être humain.  
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Inversement, d'autres personnes, au lieu de réprimer leurs désirs ou leurs sensations, ne font aucune discrimination et agissent impulsivement.  Désirer c'est regarder le futur et mesurer l'implication d'agir sous le contrôle de son désir.  Une personne qui expérimente pleinement ses désirs est inévitablement placée face à la décision ou au choix.  La décision est le pont entre le désir et l'action.  
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