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. En 1914, dans son article intitulé: On narcissism: an introduction, Sigmund Freud applique sa théorie de la libido à l'interprétation de la schizophrénie et intègre aussi d'autres concepts psychanalytiques à la compréhension de cette psychose. Contrairement à Kraepelin et Bleuler, Freud croyait que la caractéristique essentielle de la schizophrénie portait sur les changements dans les relations du patient avec son entourage, c'est-à-dire, une modification de la relation d'objet. Le retrait et le désintéressement du schizophrène envers autrui est interprété par Freud comme un retrait de l'investissement libidinal dans les objets extérieurs. Cette énergie libidinale redirigée vers l'ego cause dans un premier temps de la mégalomanie et de l'hypocondrie. Selon la conception de cette époque, ce revirement vers l'ego, cette régression narcissique entraîne éventuellement une régression de certaines fonctions de l'ego. Selon Freud, la plupart des symptômes schizophréniques, incluant les désordres de la pensée, doivent être interprétés comme des dysfonctionnements des fonctions de l'ego causés par la résurgence des processus primaires. Freud est
allé très loin dans son explication de la schizophrénie à
partir des concepts analytiques. Certains diront que son
explication est incomplète et qu'elle demeure insatisfaisante
sous plusieurs aspects. Nous croyons plutôt que la psychologie
freudienne a marqué profondément l'histoire de la
schizophrénie. La contribution de Freud à l'explication de
cette maladie est primordiale et demeure la base de plusieurs
conceptions plus étoffées qui prendront naissance plus tard.
Rappelons brièvement que Freud est le premier théoricien à
expliquer de manière satisfaisante le contenu de la psychose en
termes psychologiques. Il réussit à détailler plusieurs
aspects de la symptomatologie de cette maladie à travers le
concept de projection. De plus, la dimension régressive de la
psychose demeure fondamentale dans l'étude de la schizophrénie
même si l'importance excessive accordée à la frustration
sexuelle comme facteur causal de la régression a empêché une
étude plus complète des relations interpersonnelles des
schizophrènes. |
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. Jung a été le premier à imaginer un mécanisme psychosomatique pour expliquer la schizophrénie. Selon lui, nous n'avons pas affaire à un désordre organique qui entraîne un désordre psychique. Nous sommes plutôt en face d'un désordre émotionnel qui modifie le fonctionnement du métabolisme et cause des dommages physiques au cerveau. Jung est convaincu que la base essentielle de notre personnalité repose sur l'affectivité et que les pensées et les actions ne sont que des "symptômes" de cette affectivité. Un des concepts les plus importants pour la compréhension de la schizophrénie parmi ceux développés par Jung est celui d'inconscient collectif. D'après cette notion, plusieurs symptômes de la schizophrénie consistent dans la reproduction d'archétypes déposés dans notre inconscient collectif. Jung suggère que par la disparition de la fonction du réel dans la schizophrénie, ce n'est pas une intensification de la sexualité qui apparaît mais un monde imaginaire portant des traits archaïques évidents. La schizophrénie est donc une forme de vie psychique marquée par la prévalence des archétypes. De nos jours, la notion d'inconscient collectif est acceptée dans l'explication de plusieurs troubles psychologiques et on peut expliquer plusieurs dynamiques relationnelles en les reliant notamment à des contes mythologiques. Certains conflits , exposés dans ces mythes, traversent les siècles et continuent d'être reproduits de façon inconsciente dans nos relations interpersonnelles. Des ouvrages, comme Le soin de l'âme de Thomas Moore (1994), reprennent la conception jungienne d'inconscient collectif et l'utilisent pour expliquer, à partir de la mythologie, des troubles psychologiques qui semblent pourtant propres à notre fin de siècle. Les discussions théoriques entre Freud et Jung font, sans doute, avancer plus rapidement le développement des modèles psychanalytiques de la schizophrénie. Même si les deux hommes travaillent séparément, ils s'influencent l'un l'autre. Le premier axe ses études sur les stades primitifs de la sexualité et l'évolution de la libido humaine. Le second préfère l'analyse du symbolisme des productions délirantes des schizophrènes qui sont révélatrices de l'existence d'une activité psychique archaïque d'une autre origine que sexuelle. Autour de 1920, il règne en Europe une certaine effervescence intellectuelle autour de la schizophrénie et de la récente découverte de la psychanalyse. Au même moment, en Amérique, Harry Stack Sullivan (1892-1949) contribue aussi à l'avancement des connaissances sur la schizophrénie. Son plus grand mérite est sans doute d'ajouter la dimension interpersonnelle au champ de la psychiatrie. Plus que n'importe quel autre clinicien , il démontre à quel point nos relations déterminent ce que nous sommes. Contrairement
à Freud qui, nous le savons maintenant, associe les changements
de relations du schizophrène avec son environnement à un
retrait de l'énergie libidinale, Sullivan suggère que tout cela
origine des relations interpersonnelles. Selon lui, le psychiatre
doit être davantage concerné par ce qui ce passe entre les
individus plutôt que parce qui ce passe dans leur psychisme.
Pour Sullivan , tout est relation et chaque problématique
psychiatrique est interpersonnelle. Il croit dans l'importance de
la relation parent-enfant et dans son influence sur le
développement de l'individu. Toutefois, son étude de cette
relation ne se limite pas à la seule dimension des instincts
sexuels mais s'étend à sa totalité. |
Tous droits réservés, Conception Alain Rioux, Psychologue, © Copyright 2008